Connection

Je Veux Ma Part de Terre - Repérages à Madagascar

A Madagascar, où l’exploitation avisée des richesses du sous-sol pourrait sortir le pays tout entier d’un marasme économique sans cesse renouvelé. Deux énormes projets sont en phase de réalisation.En 2005, Q.M.M (QIT Madagascar Mining SA, joint-venture entre Rio Tinto (80%) et l'Etat (20%)), a reçu du gouvernement malgache l'homologation pour l'exploitation des mines d'ilménite (titane dioxyde de minerai) près de Fort Dauphin pour une durée d'au moins 40 ans. Ce composé de titane est utilisé dans les peintures, les industries plastiques et papetières et également dans les forages pétroliers ou miniers. La construction de la mine, des infrastructures et d'un port en eau profonde a rapidement été mis en chantier et les premiers transferts de minerai ont été réalisés en avril 2009.

Estimé à un coût de 850 millions de dollars US, le projet représente l'un des  plus important investissement jamais réalisé à Madagascar. La Banque mondiale a participé sous la forme de prêt aux investissements nécessaires. D'autres projets d'exploitations minières sont déjà prévu à Madagascar, notamment à Ambatovy, près de Tamatave, pour l'exploitation du nickel et du cobalt et pour des investissements qui devrait dépasser les 2,5 milliards de dollars US.

Nous nous concentrons essentiellement sur ce site de Fort Dauphin. Au travers de ce projet, c’est l’observation des enjeux de développement de Madagascar, l’analyse des retombées économiques pour le pays face à la mondialisation mais aussi les tensions sur l'environnement qui pourront être détaillée.

Les impacts à Fort Dauphin

L'arrivée de nombreux expatriés et le développement de l'activité dans la phase de construction a permis l'ouverture de nouvelles enseignes hôtelière à Fort Dauphin (Marina, Colbert, Le Galion, Groupe Sodiat) et le développement de nombreuses activités. Si en 2006, la capacité d’accueil de la ville était de 100 chambres, les prévisions sont de 400 chambres pour 2009. Fort Dauphin aura quadruplé sa capacité d’accueil grâce au projet minier.

Toute la ville est en construction avec une très forte tension sur les besoins en logements. Les PME ne sont pas en reste, des petites entreprises locales en location de chambres et de bungalows voient le jour. Tout ceci entraîne de fait le développement des sociétés de BTP et des quincailleries.

La contre partie est une très forte inflation des prix ce qui est très préjudiciable pour une grande partie de la population qui n'était pas préparée à ce type de développement et qui est dans l'obligation de quitter la ville pour trouver un environnement plus adapté à son mode de vie et à ses capacités financières.

Divers appuis à la production de légumes (denrée chères à Fort Dauphin) sont faîtes notamment à travers la distribution de semences, de formation, de dotations en matériels,…par les projets tels que PHBM, CARE, PER/PNUD, ONN, ainsi que par les sociétés privées comme SODEXHO et QMM. Par ailleurs, la collecte des légumes va se renforcer avec la récente acquisition de camion mise en concession par QMM pour un éventuel collecteur.

Pendant la phase de construction, QMM a annoncé avoir embauché plus de 2000 malgaches dont une part importante localement. Concernant les postes de haut niveau, ce sont principalement des expatriés qui ont été recrutés et pour le moment, la volonté n'est pas d'engager une action de formation auprès des locaux pour ces postes.

Depuis la fin des travaux de construction, début 2009, le nombre des employés sur le site à très fortement diminué, aussi bien les locaux que les expatriés. Cela a eu un impact important sur l'activité général de la Région de Fort Dauphin qui est en très forte baisse, touchée également par la situation politique instable et la crise économique mondiale.

L'un des points très sensible du projet se situe au niveau de l'impact environnemental. Le projet exigera que des centaines de millions de tonnes de terre, sur une étendue de plus de 6 000 hectares, soient draguées pour l'extraction de l'ilménite, un minéral que l'on traite habituellement à l'acide sulfurique pour obtenir du dioxyde de titanium. Il faudra creuser un lac artificiel dans ce qui reste de terres boisées et le déplacer d'environ un mètre par jour, tandis qu'une machine aspire la terre et qu'une autre cible l'ilménite.

L'impact écologique et social ?

Le « plan durable » de la compagnie consiste à laisser intacte, dans chacun des trois emplacements proposés pour les mines, une zone de conservation équivalant à 10% de la superficie consacrée à l'activité minière. D'autre part, la compagnie procèderait à restaurer 10% des forêts, et à planter dans la surface restante des arbres de croissance rapide tels que l'eucalyptus, pour l'approvisionnement en bois et en charbon des habitants des lieux. Rio Tinto espère ainsi « contribuer à créer des écosystèmes en partant de zéro ».

Le projet a soulevé une forte opposition de la part d'organisations environnementalistes telles que les Amis de la Terre, Conservation International et WWF. Les Amis de la Terre (FOE) ont déjà rédigé un rapport dont la conclusion est que le projet minier ne serait pas compatible avec un développement réellement durable dans le Sud-Est de Madagascar, ni dans l'ensemble du pays : « Pendant une décennie et demie de préparations et d'études intensives, ce projet censément « vert », appuyé par un nombre impressionnant d'experts internationaux, n'a pas réussi à éviter la dégradation croissante de l'environnement, que la compagnie déclare pouvoir attaquer et atténuer de manière significative ».

Pour atténuer les mécontentements des Malgaches, Rio Tinto utilise le service d’une équipe de collaborateurs malgaches pour faire du "marketing social" avec des projets communautaires. Sans oublier que, dans la convention d’établissement, il est inscrit une protection des travailleurs expatriés tandis que les travailleurs locaux seront régis par le code malgache du travail inadapté pour le contexte. Les partenaires sociaux n’ont jamais eu l’occasion de faire un débat sans pression ou d’être entendu sur le projet de Rio Tinto. Le gouvernement malgache montre pourtant avec fierté aux rencontres internationales son adhésion au processus du dialogue social et aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

Connection or Inscription