Connection

Njaka kely

Njaka kely Affiche lightb

Acheter le DVD >>

"Njaka kely" de Michael Andrianaly, 52', 2015, Production En Quête Prod/Les films de la Pluie/Imasoa Films/Lyon TV Capital
(Avec le soutien du CNC, de la PROCIREP/ANGOA et de la Région Bretagne - DVD disponible courant octobre 2016)

À Tamatave, sur la côte est de Madagascar, Saholy, une femme énergique d'une cinquantaine d'années, gère seule une entreprise de location de cyclo-pousse, un métier habituellement réservé aux hommes. Ses jokers (les conducteurs) trouvent chez elle un moyen de subsistance, mais aussi un nouveau foyer où ils se font materner.

Synopsis

A Salazamay, Faly et Saholy, un couple de réfugiés de la capitale, ont monté une petite entreprise de cyclo-pousses : SALEM. Ils possèdent 8 cyclo-pousses. Les jockers travaillent chez Faly et Saholy, ils ont entre 23 à 59 ans et louent leurs cyclopousses à Faly et Saholy avec une facilité de paiement et des bonus les week-ends.

Intention du réalisateur

Michael Andrianaly

couppousse michaelQuand j'étais enfant, ma mère me racontait sa vie d'avant. Les sacrifices, les défis et le courage qui lui ont permis de s’en sortir. C’est elle seule qui s’occupait de nous éduquer, mon père n’assurant pas son rôle de responsable de la famille. C’était une mère sévère, qui ne nous gâtait jamais, mais qui assurait par rapport à notre scolarité, qui nous auscultait quand on tombait malade… C'était une mère qui n’abandonnait jamais dans tout ce qu’elle faisait.
Aujourd’hui, elle est médecin et elle joue un autre rôle dans ma propre vie, comme une grande sœur avec laquelle je partage mes petits soucis. Elle me conseille d’être ouvert avec les gens, et d’apporter de l’aide à autrui quand j'en ai les moyens. Cette éducation qu'elle m'a donnée m’a permis de voir la vie d’un angle différent.
En tant que réalisateur j’ai donc décidé de faire ce film sur Saholy et son entreprise de cyclo-pousse pour partager cette vision que j’ai et en même temps faire découvrir notre vie quotidienne. Un film sur une femme qui, tout en se battant pour s'en sortir, garde une main tendue vers ceux qui en ont le plus besoin, et leur donne un coup de pousse.

Après le coup d'État militaire de 2009 et le renversement du président Marc Ravalomanana, Madagascar a mis cinq ans pour retrouver un président élu par les votes publics, en février 2014. Entre-temps, l'instabilité politique a conduit à la suspension de la plupart des aides internationales, et à la crise politique s'est ajoutée une grave crise économique, dans notre pays qui était déjà très fragile depuis plusieurs décennies. Hommes, femmes, enfants, nous sommes aujourd'hui tous en grande difficulté. Beaucoup de gens ont profité de cette situation pour vendre ou même exporter le bien de notre pays, au détriment du peuple qui, lui, doit se battre pour survivre. Récemment nous avons ainsi vu arriver de gros investisseurs étrangers, comme la société canadienne Ambatovy, qui exploite les mines de cobalt et de nickel. C'était le sujet de mon premier film, Todisoa et les pierres noires, où je suivais un jeune charbonnier dépossédé de ses terres après de fausses promesses faites par Ambatovy. Aujourd'hui Todisoa, comme beaucoup, n'a plus rien, et ne peut même plus exercer son métier de charbonnier.
couppousse image1Je vis à Tamatave, sur la côte est de Madagascar, une ville de 200 000 habitants qui était considérée jusqu'en 2009 comme la première ville économique du pays, pourtant 10 fois plus petite que la capitale, Tananarive. C'était une ville propre de bord de mer, pleine de touristes qui venaient là à toutes les vacances. Les week-ends étaient toujours animés sur le bord de la plage, le cinéma marchait très bien à l’époque, et tous les dimanches la salle de projection était pleine. Mais j'ai vu Tamatave changer. La crise s'est installée, progressivement, et depuis la ville a glissé vers l'insécurité et la corruption. Les gens n'ont plus de travail, les parents n'ont plus les moyens d'inscrire leurs enfants à l'école, et rares sont ceux qui peuvent aller jusqu’au bout dans leurs études. Le nombre de jeunes au chômage augmente tous les jours, et certains tombent dans la délinquance ou la prostitution. Le cinéma a fermé ses portes depuis longtemps, et les touristes, eux, ne viennent plus. L'insécurité leur fait peur, et même à nous, résidents. Sortir seul après 20h devient dangereux, car des bandes armées de machettes circulent dans les quartiers pour dépouiller les passants.
On peut dire que la ville souffre. Et cette situation de crise qui touche Tamatave est le reflet de ce qui se passe dans toute l'île. Pour tenter de s'en sortir et de nourrir leur famille, beaucoup de Tamataviens sans emploi sont devenus "jokers", c'est-à-dire conducteurs de cyclo-pousse. C'est un phénomène qui touche particulièrement Tamatave, et qui a pris de l'ampleur avec la crise. Il faut dire que le cyclo-pousse est un moyen de transport très populaire car peu de Malgaches ont leur propre véhicule (vélo, moto, scooter ou voiture) et les taxis sont chers alors que le "pousse" est bon marché (1000 Ar la course, environ 0,30 €). Et alors qu'il y avait environ 8 000 cyclo-pousses à Tamatave en 2008, on estime qu'ils sont plus de 20 000 aujourd'hui, imaginez ! Pour les jokers c'est un métier difficile, physiquement et moralement, car la concurrence est rude et rend le salaire très bas. Sans compter que d'autres moyens de transport collectif, comme les TUC TUC ou les taxis à trois roues, sont apparus récemment sur le marché et commencent à leur faire concurrence. Et puis le travail est dangereux : tout le monde circule dans tous les sens sur les routes mal entretenues, et les accidents sont nombreux. Les agressions sont fréquentes, et les contrôles de police sont risqués lorsque leurs papiers ne sont pas en règle.
couppousse image3C'est en voulant aller voir de plus près cette petite communauté des cyclo-pousses, que j'ai découvert l'entreprise Salem, gérée par une femme de caractère, Saholy. Issus de familles pauvres, Saholy et son mari Faly ont quitté Tananarive en 1988 pour s'installer à Tamatave. Faly travaille depuis 13 ans comme planton pour une compagnie d'assurances. Alors que Saholy était au chômage ils ont acheté ensemble leur premier cyclo-pousse en 2010 et, en mettant de côté les versements des jokers et une partie du salaire de Faly, ils ont pu en acheter sept autres depuis.
Aujourd'hui cinq jokers travaillent quotidiennement pour Saholy : Delphin, Kekely, Tolotra, le jeune Njaka, que Saholy a pris sous son aile, et Albert, le frère de Faly. Saholy aime prendre soin d'eux et leur a proposé une méthode originale : chacun travaille six jours d'affilée pour elle et doit lui verser 4000 Ar de location par jour, mais peut utiliser gratuitement le cyclo-pousse le dimanche, comme un avantage en nature. En plus elle leur prépare leurs repas, leur donne de la vitamine C et du calcium en cas de fatigue, de la pommade si leurs muscles sont fatigués, et leur accorde même des délais de paiement quand ils sont trop à court d'argent… Quand je lui demande à combien ils vivent dans sa petite cabane, elle me répond qu'ils sont trois (elle, Faly, et Miora, leur petite-fille) mais qu'elle a encore quatre autres garçons qui travaillent chez elle et qu'elle traite comme ses fils. Njaka, en particulier, retient toute son attention. À 17 ans, orphelin, il a quitté la capitale, Tananarive, pour venir travailler comme cyclo-pousse ici à Tamatave. Vu son jeune âge, il s'est vite fait exploiter par un patron peu scrupuleux, à qui il devait verser 8 000 Ar par jour, soit le double de ce que les jokers doivent payer d'habitude. Par chance, lors d'une course, il a rencontré Saholy et Faly qui lui ont proposé de venir travailler chez eux, où il réussit à reconstruire sa vie petit à petit. Aujourd'hui Saholy est devenue une seconde mère pour Njaka, et a même décidé de l'adopter.
De nos jours, la société malgache n’accepte pas encore que les femmes puissent accéder à une certaine indépendance et à certain pouvoir. Pourtant Saholy ne se laisse pas dominer par les hommes et dirige efficacement son entreprise familiale. Je crois que c'est ce qui m'attire chez elle. À vrai dire, quand je vois Njaka, je me revois adolescent. Saholy s'occupe de lui et le soutient comme ma mère l'a fait avec moi, en me donnant toutes les chances d'avoir une vie meilleure. Njaka, lui, a perdu ses parents, mais a probablement trouvé en la personne de Saholy celle qui le fera s'en sortir dans la vie.
Le film nous raconte cette affection que Saholy a envers Njaka et les autres jokers. Suivre le quotidien de ces personnages me permet de donner à voir les conditions de vie aujourd'hui à Tamatave, et le cyclo-pousse va être mon fil conducteur pour nous faire circuler dans la ville. Pour partager dans le monde entier ce que nous vivons en ce moment, et dire aux spectateurs malgaches qu'ensemble on peut trouver une solution pour revivre le Tamatave qu’on a connu avant. Sans en faire un film misérabiliste, mais plutôt optimiste. Parce que, tous, depuis février 2014, nous avons l'espoir que les choses vont changer maintenant.

 

Connection or Inscription