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Le monde de chez Ti Kaf

TI KAF Affiche new900

"Le monde de chez Ti Kaf" de Frédéric Lambolez et Jean-Marie Pernelle, 52', 2017, Production En Quête Prod/Les Films de la Pluie/France TV (France Ô)
(En production)

Depuis plusieurs décennies, au cœur du quartier créole de l'Ermitage, la boutique chinoise Ti Kaf de la famille Wong Tze Kioon est le point de rencontre où l'on commence et termine ses journées. Monsieur et madame Ti Kaf les propriétaires, ont su y insuffler toute leur générosité et préserver un lieu convivial incontournable en dépit de la pression touristique environnante qui transforme les modes de vie. Dany et Joe, deux habitués s'y retrouvent régulièrement pour boire un verre et discuter à l'ombre du vieux manguier mais depuis que Monsieur Ti Kaf, le propriétaire, est tombé malade et malgré le courage de son épouse qui s’occupe de la boutique, Ah Kioon, leur fils aîné, est toujours réticent à leur succéder. Dans ce quartier devenu aujourd'hui un des hauts lieux balnéaires de la Réunion, est-ce bientôt la fin de cette boutique si emblématique ?

Intention des réalisateurs

A la Réunion, sur les 15 kms de plage entre Boucan Canot et La Saline, devenus hautement touristiques, un seul quartier créole subsiste du côté de l'Ermitage. Les autres villages de pêcheurs ont disparu, remplacés par des résidences de tourisme, hôtels de luxe et bars branchés. La boutique chinoise Ti Kaf se situe au centre de ce petit quartier créole.

A la fin de l'esclavage en 1848, la Réunion fit appel à des engagés chinois. En fin de contrat, certains repartirent au pays, d'autres s'installèrent définitivement à la Réunion, c'est le cas du grand-père de Monsieur Ti Kaf.
Commença alors l'histoire des boutiques chinoises, petites échoppes-épiceries qui, au fil du temps, devinrent de véritables institutions à la Réunion. C'est là que l’on pouvait acheter toutes sortes de denrées et où le crédit était possible. Ce sont aussi des lieux de rencontres où l'on passe chaque jour avant le travail pour retrouver des amis et, en fin de journée pour y boire un verre. Les boutiques ont perduré au fil des générations jusqu'à ces dernières années où elles commencent à disparaître : les enfants des dernières générations chinoises, bien plus éduqués que leurs parents, refusent maintenant de reprendre ces boutiques familiales.

La vie de la boutique Ti Kaf permet de raconter l’histoire de cette famille chinoise emblématique et de parler de la question créole dans le monde contemporain. En effet, c'est de la survie de la boutique qu'il est question à travers la vieillesse de Monsieur Ti Kaf, le propriétaire, qui passe aujourd'hui la plupart de son temps dans sa chambre à l'étage.

Ah Kioon, le fils aîné, s'interroge sur la succession. C'est lui, le jeune baroudeur qui, patiemment, a rapporté de ses nombreux voyages de jeunesse, tous les objets hétéroclites qui composent la décoration singulière de la boutique. C'est lui qui, petit à petit, en a fait son univers, agrafant le poster de Malcom X, suspendant un cendrier en forme de Yin et Yang, accrochant les photos de Bruce Lee et Bob Marley. Cette mosaïque d'objets aussi surprenante qu'elle soit au premier abord a un sens profond et cette boutique a une âme, ce sont tous les rêves d'Ah Kioon accrochés aux murs et suspendus au plafond.

De fait, Ah Kioon a perpétué l’œuvre de ses parents qui ont su insuffler à la boutique depuis plusieurs décennies toute leur générosité et en ont fait un lieu empreint de solidarité, de respect et de résistance, à l'image des habitants du quartier. Pour l'heure, Ah Kioon essaie de « donner la main » et remplace sa mère dans la boutique, le soir et le week-end. A travers son histoire, c'est la vie d'un quartier créole que nous découvrons.

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